L’engagement pour la paix
Publié le 07-12-2025
L’ENGAGEMENT POUR LA PAIX
Aujourd’hui, parler de paix est difficile. Inutile de nous le cacher. Nous avons sous les yeux des scènes de guerre, nous vivons à une époque de course au réarmement à tous les niveaux, une époque de divisions profondes. Aux yeux de beaucoup, ceux qui croient à la paix semblent naïfs, des personnes guidées par de bons sentiments et des recettes faciles. Mais ce n’est pas ainsi. Au contraire, c’est exactement l’inverse. Précisément dans les moments les plus difficiles, ceux qui croient en une prophétie doivent ressentir la responsabilité de la proclamer avec encore plus de passion. Nous ne devons pas nous arrêter à un présent apparemment sans espoir, mais imaginer plus loin, rêver et nous engager à construire ce qui n’est pas encore. Qui reste fixé sur le présent risque de s’arrêter au doigt et de ne pas voir la lune ; celui qui regarde plus loin ne perd pas de temps à alimenter des utopies, mais saisit la force et la beauté des prophéties.
LA PROPHÉTIE D’ISAÏE
C’est Giorgio La Pira, maire de Florence, qui nous a fait aimer la prophétie d’Isaïe, ces paroles qui annoncent un temps où les armes ne seront plus fabriquées et où les peuples ne s’exerceront plus à l’art de la guerre. À partir de cette vision, nous avons compris que la paix n’est pas seulement un slogan à crier sur les places ou dans les cortèges, ni un mot sur lequel se diviser ou construire de fausses idéologies. La paix, comme l’espérance et l’amour, est un fait concret, un choix de vie qui part de chacun, l’engagement radical à lutter contre toute injustice. C’est un chemin d’harmonie avec soi-même, avec les autres, avec la nature. Pour ceux qui croient, c’est aussi un don de Dieu, la promesse d’un monde où tous auront pleine citoyenneté et pleine dignité. Cela signifie comprendre que le bien que je peux faire, personne d’autre ne peut le faire, parce que c’est la part de bien qui m’est confiée : c’est ma responsabilité, à vivre avant tout dans ma propre vie, puisque nous ne pouvons être artisans de paix que si nous sommes intérieurement pacifiés et désarmés. Benigno Zaccagnini disait que « les armes ne tirent pas toutes seules ; elles ne sont qu’un instrument, mais c’est du cœur de l’homme que naît la guerre et c’est dans le cœur de l’homme que se sème la paix ».
PLUS JAMAIS LA GUERRE !
Nous avons vu ce bien à l’œuvre tant de fois, en commençant par les premières années de reconversion des ruines de l’arsenal militaire, avec des millions de jeunes et d’adultes qui ont donné du temps, des ressources et des compétences. En plus de 60 ans d’histoire, nous avons accueilli des centaines de milliers de personnes, promu des projets de développement dans des dizaines de pays, réalisé 77 missions de paix dans des contextes de guerre. Pour nous, l’Arsenal a été le lieu concret pour réaliser dès maintenant la prophétie d’Isaïe et montrer à la société que la bonté est vraiment désarmante, qu’il est possible de se convertir et de convertir, de s’engager pour que soient promus des traités de désarmement et que les armes ne soient plus fabriquées, surtout dans un contexte où la technologie ouvre des horizons vastes et dangereux, comme le montrent les risques liés aux armes nucléaires et à l’usage dévoyé de la cybersécurité ou de l’intelligence artificielle. La guerre est folle parce qu’elle tue, produit la haine, des divisions, des blessures personnelles à cicatriser, des vengeances, même lorsque les armes se taisent et que la diplomatie réaffirme en paroles la valeur de la paix. La guerre tue avant tout la vérité, réduit la richesse humaine aux rôles de victimes et de bourreaux, empêche pendant très longtemps la possibilité d’aller au-delà. La guerre vole la compassion, paralyse et divise les mémoires, perpétue la haine dans une sorte de zone grise qui déplace les champs de bataille directement dans le cœur des personnes.
LA FORCE DU DROIT ET NON LA LOI DU PLUS FORT
La paix indiquée par Isaïe et le refus de toute guerre ont été, sont et seront nos boussoles. Nous l’avons toujours affirmé à chaque occasion de conflit passé, non pas tant par des paroles, mais à travers des témoignages crédibles de charité et des choix de vie donnée pour les plus pauvres. Si l’objectif de la paix est clair, nous ne pouvons pas ne pas considérer le chemin humain qui mène au but. Pour un croyant et pour toute personne de bonne volonté, ce chemin s’identifie à l’histoire, à la confrontation avec une humanité caractérisée par des fois, des cultures et des croyances différentes, dans un monde à vivre tel qu’il est, dans la réalité qui frappe à la porte et que nous ne pouvons pas ignorer. Avec le rêve d’Isaïe dans le cœur, nous sommes appelés à entrer en dialogue, à trouver des étapes intermédiaires pour que naisse dans le cœur de chaque personne le désir de paix et que soient trouvées des solutions qui, pas à pas, puissent progressivement désarmer d’abord les consciences de chacun, puis les peuples de la Terre.
« La paix ne s’impose pas automatiquement, toute seule, mais elle est le fruit de la volonté des hommes. » Aujourd’hui, nous vivons de nouveau le cauchemar — inattendu car imprévisible — de la guerre sur notre continent. On pratique et on voudrait imposer le recul de l’histoire vers l’époque des politiques de puissance, de la domination des uns sur les autres, de l’opposition d’un peuple — masqué parfois sous l’expression « intérêt national » — contre un autre. L’impérialisme et le néocolonialisme n’ont plus droit d’exister au troisième millénaire, quelles que soient les apparences derrière (Sergio Mattarella à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe à Strasbourg). Les événements des dernières années, l’agression russe contre l’Ukraine et les nombreux conflits dans le monde souvent oubliés nous ont placés devant une situation inédite : la remise en question du système de règles né de la vision du « plus jamais » après les cinquante millions de morts de la Seconde Guerre mondiale, et de l’ordre international libéral et multilatéral d’après 1945 qui devait proscrire la guerre, avec l’Organisation des Nations Unies comme garante. À ce moment-là, l’humanité a réussi à définir au moins sur le papier l’interdiction de l’intervention armée d’un État souverain contre un autre État souverain. Un principe clair qui, au fil des décennies, s’est heurté à des limites et des incohérences, mais qu’il faut défendre comme rempart de la légalité internationale. Dans le même temps, la communauté internationale a cherché à progresser dans le domaine du droit humanitaire, l’ensemble des normes visant à limiter les effets des conflits, fixant des principes en matière de prisonniers de guerre, d’utilisation d’armes de destruction massive, de protection et de sauvegarde des civils. Ce dernier point en particulier est de moins en moins pris en compte, comme le montre la dégénérescence du conflit israélo-palestinien avec les massacres du Hamas du 7 octobre 2023 et les crimes de guerre et contre l’humanité commis par Israël dans la bande de Gaza.
DES INSTITUTIONS CRÉDIBLES ET UNE DÉFENSE COMMUNE
Dans un scénario aussi complexe, nous avons besoin d’institutions autoritaires et crédibles, d’un « pacifisme juridique » qui dépasse les États nationaux en faveur du multilatéralisme et du renforcement d’entités supranationales à qui confier la résolution des controverses, comme l’ONU. Il faut réformer l’Organisation des Nations Unies pour qu’elle devienne réellement crédible, plurielle et efficace, capable de trouver des mécanismes décisionnels proportionnés et légitimes pour arrêter les agressions même lorsque celles-ci proviennent de pays qui ont des responsabilités au sein de l’organisation elle-même. L’Union européenne elle-même, fruit aussi de la douleur de la guerre, est née pour arrêter les conflits entre ses États membres et elle y est parvenue, faisant du droit l’instrument de propagation de la paix. Cette Union européenne doit aujourd’hui être relancée, en dépassant les logiques nationales et en menant à bien une union politique plus profonde et complète, dont le thème d’une défense commune comme moyen de dissuasion — une idée déjà imaginée par les fondateurs et jamais réalisée — fait partie intégrante. Ainsi, la valeur de la politique et de la diplomatie, de la coopération et du multilatéralisme : des horizons dont le monde d’aujourd’hui semble s’éloigner, mais qu’il est urgent de réaffirmer, en élaborant des idées et des solutions nouvelles. Nous vivons aujourd’hui une époque qui considère ce patrimoine et cette vision de l’histoire presque comme un problème. Un état de choses bien décrit par les paroles du pape Léon XIV prononcées le 26 juin 2025 : « Il est vraiment triste d’assister aujourd’hui dans tant de contextes à l’imposition de la loi du plus fort, selon laquelle on légitime ses propres intérêts. Il est désolant de voir que la force du droit international et du droit humanitaire ne semble plus obliger, remplacée par le prétendu droit d’obliger les autres par la force. Cela est indigne de l’homme, honteux pour l’humanité et pour les responsables des nations. »
L’ENGAGEMENT DU SERMIG
Rester solidement ancrés à un paradigme de paix signifie avoir bien présent à l’esprit l’article 11 de la Constitution italienne, un texte fondamental qui exhorte à concilier une double tension : le « rejet de la guerre » comme instrument d’offense et la cession de parts de souveraineté à un ordre international, comme l’ONU ou l’UE, chargé de garantir la paix et la justice entre les États. C’était la volonté des constituants lors des travaux de l’Assemblée constituante. Pour notre Fraternité, une double sensibilité à préserver comme les deux faces d’une même médaille : d’abord, la sollicitation à s’engager encore davantage dans l’éducation à la paix et à la justice, au refus de la violence, au soin des consciences des personnes que nous rencontrons, au témoignage et au service envers les plus faibles et les victimes de toute oppression, à la réalisation concrète de la prophétie d’Isaïe à travers des œuvres et des projets de développement dans le monde entier. En même temps, ne pas avoir peur de nommer les choses, de ne jamais confondre agresseurs et agressés, neutralisme et responsabilité historique, de considérer aussi la valeur morale de la défense des victimes et de la solidarité envers elles. Et, dans le cas de l’Union européenne, continuer à insister sur le rôle irremplaçable de la politique et de la diplomatie, appelées à reprendre leur place, afin que le vide politique ne soit pas comblé par la guerre. Réaffirmer la paix comme valeur plurielle, intrinsèquement liée à la démocratie, car il n’y a pas de paix sans liberté. Les organismes internationaux tiennent si les démocraties et l’état de droit sont plus forts que les dictatures. Dans cette perspective, il devient alors possible d’envisager une défense commune véritablement européenne, coordonnée et intégrée, et non simplement nationale. Pour cela, il faut des jeunes passionnés, disposés à se former, à étudier, à acquérir des compétences, à donner témoignage d’une mentalité de paix, avec un engagement supplémentaire à renouveler la force de la démocratie et du bien commun en la remplissant de contenus, de participation, de motivations. L’humanité a besoin de jeunes et d’adultes qui s’engagent pour la paix. Non pas une paix générique, décontextualisée, idéologique et irénique, mais fondée sur la réalité des horreurs de la guerre, sur la recherche de la vérité et sur la poursuite de la médiation, de la composition du conflit et de la réconciliation. Si nous donnons notre vie pour cet engagement, nous deviendrons indomptables, nous sentirons l’urgence de ne pas nous taire, nous témoignerons que l’humanité peut renaître, parce que chacun de nous est prêt à le faire. Et alors, préparons la paix avec la force de nos choix, de nos gestes, de notre pensée. Défendons les raisons de la paix sans peur ! Demandons-le d’abord pour nous-mêmes : « Paix, que puis-je faire pour toi ? ». Une question apparemment petite mais qui peut changer le monde. Ce n’est pas une utopie. C’est une prophétie pour l’humanité, à vivre avec toutes nos forces.
Sermig
Arsenal della Pace
NP octobre 2025




