Libre de toute haine

Publié le 09-06-2026

de Michael David Semeraro osb

Le titre proposé pour cette contribution était : Libérés de la haine. En réfléchissant à ce que je pourrais écrire sur ce sujet, en m’appuyant sur mon expérience de moine vivant dans un coin reculé du Piémont, au pied des montagnes, j’ai ressenti que, malgré nos propres forces, nous ne serons jamais libérés de la haine tant que nous ne nous en serons pas affranchis pour semer la paix.

Je crois que la première étape, essentielle, pour dépasser toutes les formes de haine est d’entamer un processus de libération intérieure qui touche le cœur et l’esprit. Cette première étape touche le cœur, où nous sommes appelés à cultiver la compassion plutôt que l’amertume. La seconde étape touche l’esprit, qui doit être libéré de toute rigidité pour faire place à la magnanimité. La haine est un cancer qui risque de ronger lentement les cellules saines, de les rendre malades, de contaminer notre vision du monde, en nous et autour de nous. Nous ne serons jamais libérés de la haine tant que nous ne nous serons pas affranchis par un chemin d’intelligence qui nous permette de ne plus nous focaliser sur la violence, mais de devenir de plus en plus sensibles à la souffrance. Face à la souffrance, et plus encore au cœur même de la souffrance, nul ne peut rester indemne. Il ne faut jamais oublier que la souffrance née de la violence est toujours la conséquence d'une souffrance plus profonde et plus lointaine. On ne peut briser le cercle vicieux de la violence en se concentrant sur la tentative, plus ou moins désespérée, de l'endiguer, au risque d'en accroître exponentiellement la virulence. Ce cercle vicieux ne peut être brisé qu'en s'attaquant à la souffrance à la fois en amont et en aval.

Autrement dit, la violence, à la fois fille et mère de la souffrance, ne peut être guérie que par une compassion extrême pour toute douleur, ouvrant ainsi la voie à une paix juste et durable. La soumission est généralement un moyen d'éviter une souffrance supplémentaire ou une souffrance plus grande encore, en se soumettant à la souffrance endurée pour empêcher qu'elle ne s'aggrave. La résistance, en revanche, consiste à accepter davantage de souffrance, voire la mort, afin de lutter dans l'espoir que la souffrance – du moins celle infligée par la cruauté humaine – soit enfin vaincue et, espérons-le, définitivement éradiquée. La résistance n'est possible que pour ceux qui ont non seulement appris à souffrir, mais qui ont aussi tiré des leçons de leur souffrance, au point d'accepter librement le risque de souffrir davantage, afin qu'il n'y ait plus de souffrance. C'est un art dont le secret réside dans les racines les plus profondes du travail spirituel.

Pour être des hommes et des femmes de compassion et des artisans de paix fiables, il est nécessaire d'apprendre à penser, à prier, à méditer. Prendre soin de sa vie intérieure n'est pas une forme d'isolement confortable et méprisant, mais plutôt un laboratoire de compassion par le soin de soi, à distance de la confusion. S'il est vrai que nous devons crier contre l'injustice, il est tout aussi vrai que nous devons savoir chanter et danser pour réenchanter le monde dans lequel nous vivons, apprivoisant ainsi d'abord les bêtes sauvages qui habitent nos cœurs, puis rendant inoffensives celles qui errent dans le monde. Aucune paix ne serait possible ni durable sans l'apaisement du cœur.


Michael David Semeraro
NP Février 2026

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