Les nouveaux invisibles

Publié le 09-08-2026

de Gian Mario Ricciardi

2,50 euros par livraison : l'exploitation des livreurs. Un seul mot suffit : « Honte ». Heureusement, il y a des enquêtes qui désormais cherchent, voient, interviennent. Et les autres ? Les « invisibles » de la dernière heure ? Où sont-ils ? Comment survivent-ils ? On les rencontre lorsqu'ils frappent, timidement, aux portes de la solidarité. À Turin comme à Rome ou à Milan. Ils ont les yeux baissés et le visage triste. Sur leur peau, le travail perdu, la séparation qui les a ruinés, le prêt immobilier qu'ils ne peuvent plus payer, la maison saisie. Ils prennent une douche, buvent un café au lait et s'en vont. Non, ils n'ont pas l'air de clochards. Ils sont tombés dans la vie de la rue, mais ils ont conservé la dignité d'un passé généreux dans un présent malheureux. Oui, il leur arrive de faire la queue aux soupes populaires, plus souvent ils restent au froid et souffrent en silence comme des « vaincus de la vie ».
Il y a eu le référendum devenu, désormais, le nombril du monde, il y aura les élections, à la télévision et dans les journaux c'est l'habituel déluge de promesses impossibles. On se querelle sans pudeur sur les faits incroyables – dans tous les sens du terme – d'Askatasuna à Turin, avant, pendant, après. On se déchire dans des délires de mots qui n'ont rien d'amusant sur les plateaux de télévision, mais personne ne parle jamais – ou rarement – d'eux : les « nouveaux pauvres ». Personne ne les a suivis. Il y avait des choses bien plus importantes... la vie vaut beaucoup moins.

C'est ainsi qu'il y a ceux qui se sont tués la constitution à la main, ceux qui se sont jetés dans le Pô, ceux qui ont ouvert le gaz, ceux qui, sans argent pour payer leurs ouvriers, se sont pendus. Des victimes dont personne ne parle, qui embarrassent les puissants du moment comme les opposants ; mieux vaut se taire, même les journaux font trop souvent semblant de ne pas voir. Il y a les patrouilles du cœur catholique, heureusement. Les centres de jour et de nuit de certaines communes, les sacs de courses. Mais de moins en moins de salles d'écoute. Ils ne sont pas en colère, les « nouveaux pauvres », seulement déçus, aplatistis par des années de portes claquées au nez, lassés de l'intérieur et, ce qui est pire, sans espoir.

Entre 2014 et 2024, les personnes aidées par la Caritas (2025) ont augmenté de 62,6 %, avec une hausse encore plus... forte au Nord (+77 %). Passer la journée à se réchauffer dans les centres commerciaux, les stations de métro, les soupes populaires ou devant ces portes qui s'ouvrent et où quelqu'un vous donne un sandwich. Ils sont dans la rue, dans des logements de fortune et en prison. Les dégâts provoqués par les changements de rythme de l'économie sur la société sont pour l'instant incalculables : des cadres quinquagénaires dont personne ne veut plus, des employés balayés par les iPad, les iPhone et l'Intelligence Artificielle (30 000 licenciements déjà aux États-Unis). Des désastres économiques, des désastres dans la tête des gens, des désastres qui font trembler les équilibres mentaux. On perd son travail, on se sépare, on se retrouve seul, et souvent sur le trottoir. Ce sont ces « pauvres » qu'il faut aider maintenant. Pauvres en argent et en perspectives, pauvres en esprit. Ils s'ajoutent aux six millions qui, en Italie, ont du mal et mangent grâce aux autres. Ils s'ajoutent, mais ils sont encore différents. Ils sont plus difficiles à identifier. Mais faire le bien fait du bien à tous : un geste et une main tendue suffisent.


Gian Mario Ricciardi
NP Avril 2026

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